Initiative de soutien aux survivantes et survivants d’abus pédosexuels

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Enquête auprès des survivantes et survivants : Résultats et recommandations

  • Message aux survivantes et survivants

    Si vous êtes une survivante ou un survivant d’abus pédosexuel, sachez que notre équipe met tout en œuvre pour susciter des changements positifs pour vous et pour les prochaines générations de survivantes et survivants.

    Nous pensons que les choses sont en voie de changer.

    Il est important que nous présentions au public la réalité de ce que nous observons et de ce que les survivantes et survivants nous disent ainsi que ce que nos recherches et nos solutions techniques nous permettent d’apprendre.

    Si vous pensez que la lecture des présentes informations et de notre rapport puisse vous être pénible ou si cette lecture vous a bouleversé, nous vous encourageons à chercher de l’aide autour de vous. Vous pourriez vous adresser à votre entourage (famille et amis) ou à des professionnels (thérapeutes, psychologues, psychiatres, services de counseling et d’intervention d’urgence). L’exploitation sexuelle des enfants sur Internet est un fléau grandissant et nous nous employons à trouver des solutions pour prévenir ce crime et offrir de la protection et du soutien aux victimes.

    Si vous aimeriez nous parler à propos de votre expérience ou si vous avez des questions à propos de cette enquête, écrivez-nous.

Enquête auprès des survivantes et survivants : Résultats

En septembre 2017, le CCPE a dévoilé les résultats de son Enquête internationale auprès des survivantes et survivants (aujourd’hui adultes) d’abus pédosexuels qui ont été enregistrés ou diffusés sur Internet. Ces résultats s’accompagnent de recommandations pour lutter contre ce crime horrible. Cent cinquante survivantes et survivants de nombreux pays ont fourni, par leurs réponses, de précieux détails sur leurs expériences.

Voici les faits saillants des résultats :

  • Près de 70 % des survivantes et survivants craignent de se faire reconnaître par quelqu’un qui aurait vu les images des abus pédosexuels qu’ils ont subis – 30 répondants déclarent avoir été identifiés par quelqu’un qui avait vu les images des abus pédosexuels qu’ils ont subis.
  • 58 % des répondants déclarent avoir été abusés par plusieurs personnes – 82 % des abuseurs primaires impliqués dans les cas d’abus par plusieurs personnes étaient des parents de l’enfant ou des membres de sa famille élargie.
  • 56 % des survivantes et survivants ont indiqué que les abus ont commencé avant l’âge de 4 ans et 87 % étaient âgés de 11 ans ou moins. 42 % ont été abusés pendant plus de 10 ans.
  • Au moins 74 répondants (presque 50 %) ont été victimes d’abus sexuels organisés (abus sexuels commis sur des enfants par plusieurs abuseurs).
  • 67 % des survivantes et survivants ont reçu des menaces de violence physique; certains ont été menacés de mort.
  • 85 % des survivantes et survivants pensent avoir besoin d’aller en thérapie ou de se faire suivre.

Ce que les survivantes et survivants nous ont appris :

  • 1. L’enregistrement d’un abus pédosexuel a un impact considérable et permanent sur la victime.

    L’existence même de photos/vidéos d’un abus pédosexuel ainsi que le fait que l’abuseur puisse toujours les avoir en sa possession et qu’elles puissent toujours être accessibles au public a un impact énormément négatif sur la victime. Cet impact peut perdurer encore à l’âge adulte et affaiblir considérablement la capacité d’un individu à faire face aux stress du quotidien, à maintenir des relations saines et à se réaliser pleinement sans sa vie scolaire et professionnelle.

    Près de 70 % des répondants disent être constamment habités par la crainte de se faire reconnaître par quelqu’un qui a vu des images de leur abus (n=103). Trente répondants (30 %) déclarent avoir été identifiés par une personne qui a vu des images des abus pédosexuels qu’ils ont subis.

  • 2. La plupart des victimes ont été abusées en bas âge et par un membre de la famille, et certaines ont continué de se faire abuser à l’âge adulte.
    • 56 % des survivantes et survivants ont indiqué que les abus ont commencé avant l’âge de 4 ans, et de ce nombre, 53 % disent qu’ils se sont poursuivis à l’âge adulte.
    • 58 % des survivantes et survivants ont déclaré avoir été abusés par plus d’une personne, parfois par plusieurs membres de leur famille.
    • 50 % des survivantes et survivants d’abus commis par une seule personne ont indiqué que l’abuseur était un de leurs parents ou un membre de leur famille élargie, tandis que 82 % des survivantes et survivants d’abus commis par plusieurs personnes ont indiqué que l’abuseur primaire était un de leurs parents ou un membre de la famille élargie.
    • 36 % des survivantes et survivants rapportent que les abus se sont poursuivis à l’âge adulte (18+).
  • 3. On ne peut pas s’en remettre seulement aux dévoilements pour contrer les abus pédosexuels.

    Un enfant en situation d’abus pédosexuel peut avoir plusieurs raisons de ne pas avoir envie d’en parler, à commencer par le déséquilibre des forces entre l’abuseur et la victime. Les survivantes et les survivants rapportent que leurs abuseurs avaient souvent recours aux menaces ou à la violence physique pour les tenir au silence et les maintenir dans l’obéissance.

    Plusieurs survivantes et survivants ont fini par dévoiler leur abus à quelqu’un, mais beaucoup ont gardé le silence pendant les faits ou jusqu’à l’âge adulte. Pire encore, les dévoilements par les enfants pendant les faits n’avaient pas toujours pour effet de faire cesser les abus. Parfois, disent les survivantes et les survivants, c’était parce qu’on ne les croyait pas ou parce que leur abuseur arrivait à manipuler les perceptions, mais dans certains cas, c’était parce que les individus qui auraient dû les protéger en apprenant ce qui se passait ne l’ont pas fait.

  • 4. De nombreux survivants et survivantes rapportent que plusieurs abuseurs et/ou enfants étaient impliqués dans leur expérience d’abus.

    Internet permet aux abuseurs de se mettre en contact et de s’organiser pour commettre des actes sexuels de plus en plus extrêmes contre des enfants. Les abus sexuels rapportés par de nombreux répondants choquent par leur caractère dégradant et oppressant. Par exemple, 58 % des survivantes et survivants ont été abusés par plusieurs personnes, et 49 % semblent avoir été victimes d’« abus organisés ».

  • 5. Les besoins particuliers des survivantes et survivants d’abus pédosexuels avec prise d’images sont mal desservis.

    Les services de soutien existants ne répondent pas aux besoins particuliers des survivantes et survivants. En plus du caractère particulier et complexe de ce crime, les personnes qui en sont victimes en gardent des séquelles durables et souvent permanentes. Nous avons appris que ces survivantes et survivants ont énormément de difficulté à trouver et à se payer le soutien dont ils ont besoin et qu’en plus, ils nécessitent différents niveaux et types de soutien à des moments précis de leur développement jusqu’à l’âge adulte. Les thérapies génériques de courte durée ne permettront pas à ces survivantes et survivants de se remettre adéquatement.

Recommandations :

Les résultats de l’enquête appellent de toute urgence la communauté internationale à prendre des mesures immédiates et à mettre en œuvre les recommandations suivantes :

Réduire la disponibilité des photos et des vidéos d’abus pédosexuels dans l’espace public d’Internet, autant les nouvelles images que les images existantes. Il y aurait lieu d’envisager l’adoption de Projet Arachnid comme plateforme mondiale pour détecter rapidement les images et aviser les hébergeurs, qui se verront aussitôt dans l’obligation de les retirer immédiatement.

Améliorer la sensibilisation et la formation des professionnels en matière d’abus pédosexuels pour qu’ils soient en mesure de déceler les situations d’abus et d’y réagir adéquatement. Les personnes susceptibles de découvrir des situations d’abus doivent mieux comprendre les dynamiques des diverses situations d’abus, le processus complexe du dévoilement et le rôle des technologies dans la commission des abus pédosexuels.

Renforcer la coordination et la communication entre tous les systèmes et entités qui interviennent auprès des enfants victimes d’abus sexuels et d’exploitation en ligne. On pense ici entres autres aux services de protection de l’enfance, aux écoles, aux centrales de signalement, aux thérapeutes, aux forces policières, au secteur privé, aux organismes de services à l’enfance et aux centres d’appui aux enfants.

Élaborer des solutions globales pour reconnaître adéquatement les droits et les besoins particuliers des victimes d’abus avec prise d’images. L’accès à des thérapeutes disponibles et compétents et à des moyens d’obtenir une indemnisation financière fait partie des solutions. Les survivantes et survivants doivent aussi avoir la possibilité de faire entendre leur voix dans le système de justice pénale (p. ex. déclarations des victimes).

Le questionnaire de l’enquête reste ouvert et nous encourageons d’autres survivantes et survivants à participer à cette importante initiative.